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 Des centaines de petites méduses ...
 le 26.11.2014 à 22 h 31 Réagir : Partager :        
 

Nombreux sont les promeneurs du littoral à avoir constaté et photographié le phénomène : des centaines de méduses se sont échouées sur nos plages, de Pors Carn à Penmarc'h (nos photos en date du mardi 18 novembre dernier) jusqu'au Guilvinec. Pourquoi cet échouage en si grand nombre ? Est-ce un événement ponctuel exceptionnel, lié notamment aux conditions météorologiques ? Nous avons posé la question à la spécialiste des méduses, Jacqueline Goy, attachée scientifique à l’Institut océanographique-Fondation Albert Ier de Monaco à Paris, qui a fait sa carrière en tant qu'océanographe-biologiste au Muséum national d'histoire naturelle (Paris). Elle vient de publier, avec Robert Calcagno, un ouvrage sur cette thématique intitulé Méduses, à la conquête des océans (Editions du Rocher, septembre 2014).

Jacqueline Goy, que pouvez-vous nous dire de ces méduses échouées à Pors Carn à Penmarc'h le 18 novembre 2014 ?
D'après vos photos, il semble que ce soit la méduse Pelagia noctiluca. C'est une méduse du large, colorée en violet, d'un diamètre de 10 cm environ et qui possède 8 longs tentacules. Elle est très urticante et il ne faut jamais la toucher, même morte. Elle vit en permanence dans la zone des Açores et remonte certaines années vers l'Irlande où elle a décimé les élevages de saumons en 2007.

Que penser de cet échouage en si grand nombre ?
C'est sans doute un phénomène local, lié à une succession de vents de sud-ouest qui est à l'origine de cet échouage spectaculaire. (En effet, d'après les renseignements fournis par Michel Aïdonidis, chef du centre météorologique de Brest pour MétéoFrance, il y a eu, à cette date, une succession d'épisodes de vent de sud à sud-est et d'épisodes de vent d'ouest, ndlr). Mais il faut savoir que cette méduse à un avantage : elle se reproduit toujours en pleine eau sans stade fixé sur le fond comme les autres méduses. Du coup elle ne risque pas de coloniser les côtes de la Bretagne.

Un échouage si important, est-ce le signe que le nombre de méduses augmente dans les océans ?
C'est une question que l'on me pose souvent, et c'est une question difficile. Aujourd'hui, il y a de plus en plus de gens qui s'intéressent à ces phénomènes, qui observent lors de leurs promenades ou lors de leurs baignades, s'il y a, ou non, des méduses hors et dans l'eau. Avant, il n'y avait pas une aussi grande observation. Donc, nous avons de plus en plus d'observateurs qui nous informent sur ce qu'ils voient. Ceci dit, oui, il y a des méduses en plus grand nombre qu'avant.

Diriez-vous que les méduses sont un marqueur environnemental ?
Oui, oui ! Et nous poussons d'ailleurs un cri d'alarme dans notre livre. Nous allons nous trouver dans une soupe de méduses dans pas longtemps.(...) Il y a un véritable risque de gélification des océans. Le terme de "gelée de mer" a été inventé il y a très longtemps, par Réaumur en 1717, suite à son observation d'une invasion de méduses bleues - de plus de 100 kg et 90 cm de diamètres - sur les côtes du Poitou. Jean-Louis Borloo a utilisé l'expression "gélification" lors du Grenelle de la mer (en 2009, alors que Jean-Louis Borloo était ministre du développement durable et de la mer, ndlr).

Quelles sont les causes de l'augmentation de la population des méduses ?
Il y en a plusieurs. Tout d'abord l'effet de serre. Il faut s'en préoccuper sans plus attendre, car les méduses, elles, n'attendent pas. Elles vont prendre le dessus. Pour le moment, nous ne trouvons des méduses mortelles que dans les eux tropicales. Mais, il faut veiller à leurs répartitions. Par ailleurs, le réchauffement climatique atteint tous les océans et les méduses prolifèrent dans une eau plus chaude. Nous constatons cette dilatation de la période d'été (lors de l'échouage de méduses à Penmarc'h le 18 novembre, MétéoFrance avait relevé des températures très douces par rapport à la normale, ndlr). Par exemple, on retrouve des méduses près des centrales nucléaires, car l'eau rejeté par ces centrales est à 16 degré. Là aussi, il y a déjà eu des dégâts, en mer Baltique, où des méduses ont bloqué les tuyaux de refroidissement d'une centrale nucléaire (septembre 2013, en Suède ndlr). Il y a également le problème du plastique, des sacs plastiques. Il se trouve que les méduses préfèrent le plastique aux fonds rocheux. Elles se fixent sur le plastique et se reproduisent. Enfin, la surpêche a conduit à ce qu'il y ait moins de prédateurs des méduses (tortues marines, thon rouge, ndlr) dans les océans et l'accès, pour les méduses à une nourriture en surplus. Par exemple, les anchois mangent le même plancton que les méduses. Si on pêche l'anchois en grande quantité, il reste une nourriture plus abondante pour les méduses. Mais attention ! Il ne s'agit pas de culpabiliser les pêcheurs ! Eux sont aujourd'hui les premiers à faire attention à la mer qui leur permet de travailler. 
 
La FAO (organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) recommande, depuis 2013, le développement de produits alimentaires à base de méduses. Qu'en pensez-vous ?
Oui, la FAO recommande de manger les méduses mais ce n'est pas un aliment énergétique car il y a 98 % d'eau et seulement 2 % de protéines et de sels minéraux. De plus, elles ne sont pas toutes comestibles.

Pour aller plus loin :
Méduses, à la conquête des océans
de Jacqueline Goy et Robert Calcagno
Editions du Rocher (septembre 2014)
176 pages
19.90€

 
 le 26.11.2014 à 22 h 31 Réagir : Partager :        
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