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 Loctudy : le Phenix 1 a été vendu.
 le 02.11.2015 à 13 h 45 - mis à jour le 03.11.2015 à 09 h 10 Réagir : Partager :        
 

Rémy Baranger, 55 ans, vient de prendre sa retraite après avoir passé sa vie sur les mers. Lundi 26 octobre, il a vu le Phenix 1 - un chalutier de 23,40 mètres qu’il avait fait construire en 1990 aux chantiers du Ponan à côté de la Rochelle - quitter le port de Loctudy pour une nouvelle campagne de pêche. Cette fois, l’ex-patron pêcheur n’était pas à bord du bateau qu’il venait tout juste de vendre à Ronan Barrais (Le Croisic). Originaire de La Rochelle, Rémy Baranger avait rejoint les ports bigoudens en 1993 pour se rapprocher des lieux de pêche. Après une année à Saint-Guénolé, dont il garde le souvenir d'un port terrible pour sortir en hiver par tempête, le patron pêcheur avait finalement choisi Loctudy comme port d'attache : « un port magnifique, complètement à l'abri des vents ».

Aujourd'hui Rémy Baranger est animé de soulagement car « la pêche est un métier dur » et de nostalgie car sur ce bateau qu’il a fait construire, il  a passé plus de temps que chez lui. Maintenant, il va pouvoir apprécier la vie à terre qu'il n'a pas beaucoup connu.

Interrogé sur les difficultés du métier, l’ancien patron pêcheur évoque l'investissement de l'outil de travail : « un bateau comme le mien coûte aujourd'hui l'équivalent de 3 millions d'euros ». « Et vu les règlements européens qui nous tombent dessus en permanence, c'est difficile d'anticiper ce qui va nous arriver demain, et on a besoin d'avoir une vision d'avenir pour pouvoir investir dans des bateaux qui coûtent horriblement chers ».

La pêche en pays bigouden dans 10 ans, 20 ans ? « Si les armements ne sont pas capables de maintenir une certaine flotte, s'ils perdent la confiance de leurs actionnaires, cela va être la fin » estime l’ex-patron du Phenix. « Il restera une poignée de gens qui font la côte, mais à force de taper sur la ressource de la bande côtière, il va y avoir un moment où il n'y aura plus assez à manger pour tout le monde ».
Faut-il regrouper les ports de pêche du pays bigouden ? « Ce serait vraiment fâcheux que la pêche s'en aille de Loctudy, c'est un des ports les plus abrités qu'on a sur la côte et cela apporte une activité. Si on centralise un peu les choses, on va faire des déserts dans certains endroits. Alors qu'en éparpillant, tout le monde profite de la manne de la pêche ».

En regardant autour de lui sur les quais du port de Loctudy, Rémy Baranger (en photo ci-contre) constate qu’ « il n'y a plus beaucoup de jolies voitures ». Nostalgique, le pêcheur poursuit : « il y a 25 ans, le moindre matelot avait une BMW. Tout le monde profitait de la pêche. Les patrons pêcheurs avaient de belles maisons, mais les mareyeurs avaient des manoirs. Tout cela a donné du travail à tout le pays, tout le monde en a profité. Une période incroyable. Et aujourd'hui, le monde de la pêche est en train de disparaître tout doucement. Un jour on va se réveiller. Oh il n'y a plus de pêcheurs en France ! »

Le Phenix 1, son chalutier, pourtant « un des fleurons du port de Loctudy » n'a pas trouvé preneur en pays bigouden. « C'est dommage. Il était en vente depuis 2 ans. J'avais prévenu tous les armateurs bigoudens ». Le Phenix ramenait l'équivalent du dixième de la pêche débarquée à Loctudy. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui lui pose la question : va-t-il continuer à débarquer à Loctudy ? Mais Rémy Baranger n'a pas la réponse. Son acheteur, certes français, n'est pas basé en Cornouaille. L’ex-patron du Phenix 1 pense aussi aux ateliers de forge et de mécanique car « un bateau qui quitte le port, c'est un client en moins ».

Et puis Rémy Baranger ne peut s’empêcher de revenir sur « les réglementations de plus en plus contraignantes » (géo localisation, journal de bord électronique, quotas, bientôt il faudra ramener les rejets en mer,..). L’ancien patron pêcheur de Loctudy insiste surtout sur « le manque de représentation de la profession française à Bruxelles (…) Les Espagnols font du lobbying, nous les Français, on reste les bras ballants. On n'est pas soutenu ».

Un conseil à donner aux jeunes ? « Ne pas se poser de questions. Si on a envie de faire ce métier, il faut y aller, comme moi et beaucoup de gens avons fait. Si on commence à se poser des questions, on ne fait jamais rien dans la vie. Mais tant qu'on aura un manque de reconnaissance et de soutien dans ce métier, cela va être très difficile ».

 
 le 02.11.2015 à 13 h 45 - mis à jour le 03.11.2015 à 09 h 10 Réagir : Partager :        
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