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 Yvonne, ou la philosophie du bonheur.
 le 26.03.2017 à 23 h 31 - mis à jour le 27.03.2017 à 10 h 31 Réagir : Partager :        
 

Sa poignée de main est ferme, son regard tendre et curieux, et son sourire lui mange le visage. D'un geste large, elle invite à s'asseoir, là, près de la fenêtre, sur une de ces chaises en bois un peu blanchies par la sueur des joueurs de cartes, qui venaient ici, dans ce bistrot de campagne, au bord de la route qui mène de Pouldreuzic à Plozévet, oublier le train-train du quotidien. Elle s'installe en face et pose les mains sur la table.

Le lapin bleu, c'est elle. C'est aussi le nom du bistrot, tant les deux se confondent.

Au fond de la pièce, il y a le comptoir. Un comptoir bas où il suffit de tirer une chaise pour être au plus près de la bistrotière, quand elle servait encore. Les étagères sont colorées, pleines de coffrets d'alcool sagement alignés les uns à côté des autres. « C'est pour la frime. Ils sont tous vides maintenant» sourit-elle. N'empêche. La mémoire du lieu est là et on les voit presque, les habitués et les gens de passage, boire leur coup, jouer aux cartes, esquisser un pas de danse, raconter les grands bonheurs et les petits malheurs d'une vie, à moins que ce ne soit l'inverse. Elle a tenu ce bistrot de campagne pendant plus de 30 ans, prenant la suite de sa mère - une femme qu'elle adorait et admirait - qui lui disait : « De 8 heures du matin à 8 heures du soir tu laisseras ouvert. Comme moi. Et le dimanche matin aussi.» Elle l'a fait. Jusqu'à cette rencontre avec un écrivain réalisateur qui lui a apporté une sacrée notoriété. En la filmant dans son bistrot, avec les clients. Un documentaire de 52 minutes, réalisé en 2013, qui aura fait le tour de toutes les médiathèques de France et qui sera projeté jusqu'au Canada. Un film qui s'appelle Mon lapin bleu (*). Le lapin bleu, c'est elle. C'est aussi le nom du bistrot, tant les deux se confondent maintenant. Aujourd'hui pourtant, ce n'est pas tant la bistrotière que l'on vient rencontrer. C'est un sacré bout de femme qui, à 83 ans, a décidé d'écrire son premier livre. Un condensé de tendresse où elle se raconte bien-sûr, mais où elle cherche surtout à transmettre une véritable petite philosophie du bonheur - et de la reconstruction - à ses lecteurs. Comme elle a pu le faire avec les habitués du café-épicerie. Bienvenue dans l'univers d'Yvonne Salaün, à Ker-Noël, en Pouldreuzic.

Les petits papiers, rangés dans les boîtes à chaussures, devenus livre

« Le hasard n'existe pas» sourit Yvonne. «J'avais le désir d'écrire un livre. Et un jour, j'ai rencontré Michel (Suzzarini, ndlr). Il était au bord de la route et il ma dit "je cherche mon lapin bleu." Et moi, je me suis dit, tiens, un beau mec qui s'intéresse à moi !» La suite se fera en deux étapes. Yvonne accepte de participer au projet Gens de terre, gens de mer développé par l'écrivain, dans lequel les habitants du territoire se racontent et parlent de leur lien au pays bigouden. Au cours de cette rencontre, Yvonne évoque ses petits papiers, soigneusement rangés, année après année, dans des boites à chaussures. Des pages et des pages noircies d'une écriture fine et rapide. « Yvonne m'a lu ces bouts de papiers et l'idée du livre est née comme ça» explique Michel Suzzarini. Pendant un an et demi, ces deux-là travailleront ensemble à Ker-Noël. Yvonne sélectionnant à chaque rencontre les papiers à dicter. « Moi, je tapais sur l'ordinateur ce qu'elle me disait » sourit Michel Suzzarini « et puis, on relisait ensemble la fois d'après. On a fait, défait et refait plusieurs fois le livre. Ca a été un travail énorme » explique Michel. Et moi, ajoute malicieuse Yvonne « j''étais le poste émetteur et Michel le poste récepteur.» Un livre, donc, édité en 800 exemplaire, composé de quatre parties qui dresse l'autoportrait d'Yvonne Salaün, puis sa philosophie de vie, illustrée de mots très précis, la rencontre avec des auteurs qu'elle a lu toute sa vie, et enfin des citations des philosophes, notamment grecs, qui aident à avancer.

Une petite philosophie, éditée à 800 exemplaires, pour aider à se reconstruire

Ce qui est remarquable, insiste Michel Suzzarini, « est le fait qu'Yvonne est une véritable encyclopédie. Elle a une connaissance livresque impressionnante et connaît réellement la pensée de tous les auteurs qu'elle cite.» Yvonne ne cherche pas à impressionner en société, l'amour des livres lui est naturellement chevillé au corps. « Je lis et j'écris le soir, mignonne, quand le sommeil ne vient pas tout de suite. Tous les auteurs que j'ai lu m'ont aidé à grandir.» Et Yvonne de citer Aristote, Epicure, mais aussi Fénelon, Jung ou encore Ferry. Avec une tendresse particulière pour Fénelon : « celui-là, je l'adore. Il nous dit qu'il faut s'offrir des moments de quiétude. Des moments à soi. C'est important. Moi, je marche dans la rosée du matin. Pour enraciner mon corps et ne pas trop être dans le mental.» C'est de tout cela dont parle le livre d'Yvonne. Un condensé « qui aide à se reconstruire» quand les fêlures de la vie ont eu du mal à cicatriser...

Yvonne, ou la philosophie du bonheur. Un bonheur simple comme ce sourire et ces yeux pétillants derrière le comptoir, à Ker-Noël, au bord de cette route droite où les voitures filent à toute vitesse. D'ailleurs, peut-être que même l'emplacement du bistrot est un signe en soi. Au lieu de foncer toujours tout droit, il faut peut-être parfois juste ralentir, s'arrêter et oser s'aventurer sur le côté. Quitte à se perdre. Et se donner la possibilité de rencontrer de bonnes fées. 
 

Pratique :
Mon Lapin Bleu
L'innoncente du village

d'Yvonne Salaün 
avec Michel Suzzarini
Petite philosophie de la conscience
En auto-édition
155 pages ; 17 €

Un blog est consacré au livre : pour le consulter, cliquez ici. 


(*) Mon Lapin bleu est un documentaire réalisé en 2013 par l'écrivain réalisateur Gérard Alle. La suite, tournée en breton, sous le titre Al lapin a c’haloup bepred (Le lapin bleu court toujours) est sortie en 2016.

 
 le 26.03.2017 à 23 h 31 - mis à jour le 27.03.2017 à 10 h 31 Réagir : Partager :        
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