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 Le Malamok. « Un sentiment d'énorme gâchis.»
 le 06.06.2017 à 21 h 48 - mis à jour le 06.06.2017 à 23 h 44 Réagir : Partager :        
 

L'audience s'est tenue ce mardi matin au Tribunal de Grande Instance de Quimper, en présence de quatre représentants du Malamok, convoqués : le trésorier de l'association, Jean-Marie Becker, l'expert comptable, Stéphane Huitric, le directeur, Cédric Boudjema et la représentante du personnel, Danièle Dubois. Sans surprise, la juge en charge de l'affaire a prononcé la liquidation judiciaire de l'association qui porte le centre socioculturel. S'en est donc définitivement terminé pour le Malamok. Un mandataire judiciaire a par ailleurs été nommé. Il devrait, dans les prochains jours, rencontrer les 33 salariés, puis procéder à la vente des actifs (matériel) et au remboursement des dettes. Enfin, il prononcera l'arrêt total de l'activité.

Les réactions recueillies au téléphone par nos soins ce jour, oscillent entre tristesse et révolte.

Le directeur du Malamok, Cédric Boudjema :
« Je dois d'abord souligner que nous avons, ce matin, rencontré une juge, une procureure qui ont été à l'écoute et se sont montrées sensibles. Il y avait beaucoup d'humanité au tribunal. Maintenant, le mandataire, nommé aujourd'hui, va prendre la main de la structure. Il va rencontrer les salariés, qui sont au nombre de 33, dont 16 équivalents temps plein, qui vont être licenciés pour motif économique. Les actifs du Malamok vont être vendus, pour payer le passif, notamment 45 000 € de factures non payées (...) Mon sentiment est un sentiment de tristesse pour l'ensemble des collègues et des adhérents. C'est aussi le sentiment d'un énorme gâchis. Le plan de redressement était largement viable, mais il n'y avait pas la volonté politique.»

Danièle Dubois, représentante des salariés du Malamok :
« Cette liquidation judiciaire, c'est ce que nous voulions en tant que salariés. Nous ne pouvions plus rien faire. Nous avons tout rangé ces dernières semaines. Tout est rangé. Nous n'avons aujourd'hui plus de travail. Nous n'accueillons plus de public. Venir bosser pour ne rien faire et, en plus, ne pas être payés, c'est très compliqué. Les salaires de mai n'ont pas été versés. Certains salariés sont très mal. Certains ont résilié leur bail de location, faute de pouvoir payer, d'autres ont des problèmes avec des crédits bancaires. Nous devons rester sur notre lieu de travail tant que nous n'avons pas rencontré le mandataire judiciaire et que celui-ci nous autorise à quitter les lieux. La plupart des salariés envisage aujourd'hui une reconversion et souhaite faire un bilan de compétences. Ils sont dégoûtés du partenariat avec les élus et du milieu socio-culturel. (...) Quant au projet social porté par le Malamok, nous en avons fait le deuil. La page est tournée et nous, nous devons rebondir ( ...) Nous avons été très mauvais en communication au mois de novembre dernier (moment de la grève des salariés, ndlr). C'est à ce moment-là qu'il aurait fallu créer un comité de soutien au Malamok qui aurait peut-être pu renverser les choses. (...) J'ai trouvé, ce matin, le Tribunal très à l'écoute, très soucieux. J'ai été agréablement surprise. Leur question était de savoir ce qui allait se passer maintenant sur le territoire. Que va-t-il advenir des jeunes et de leurs loisirs ?»

Maryse Rousseau, administratrice de la CAF du Finistère :
« Je tiens à remercier l'institution CAF qui a tout mis en oeuvre pour sauver le centre social. C'est la première fois, en trente ans d'administration, que je vois un centre social en liquidation et que l'on ferme ! Un centre social fait partie de la dynamique d'un territoire. Les maires s'arrachent normalement un centre social (...) Pendant sept ans, j'ai donné des cours de couture bénévolement. C'était ma contribution de citoyenne. C'était un alibi pour créer du lien social. Ici, au Malamok, des gens qui normalement ne se côtoyaient pas, se retrouvaient ensemble. Qu'ils soient bénéficiaires du RSA ou professions libérales ... Je me suis dit qu'on avait gagné le jour où une dame, bénéficiaire du RSA a dit à un monsieur qui travaillait en libéral : Moi, je vais t'expliquer. Voilà. Cette dame retrouvait de la dignité. Et c'est cela un centre social, redonner de la dignité à ceux qui n'en ont plus. Et tout cela a été cassé. (...) Il y a bien entendu les emplois directs qui sont touchés. Et combien d'emplois indirects ? Quand j'amenais mes enfants au Guilvinec, j'achetais deux, trois bricoles au supermarché. Deux, trois bricoles ajoutées à deux, trois bricoles, cela peut faire un emploi de caissière.... Et aujourd'hui ? Qu'est-ce qui va se passer ? Quel est le projet envisagé ? Laisser les locaux mourir pour les vendre au plus offrant ? Je me pose des tas de questions. Et je suis révoltée. »

Mathieu Dorval, président de la FADOC (*), a réagi par communiqué :
« Nous sommes très attristés du sort réservé au Malamok. La liquidation prononcée ce jour va à l'encontre des efforts menés de tout temps par l'association pour une culture en partage et des solidarités au-devant de la scène. Nous pensons à tous les bénévoles et professionnels investis au sein de l'association au service des habitants durant près de 30 ans. Il n'est jamais bon qu'une structure culturelle disparaisse, ce n'est pas un bon signe, d'autant plus quand il s'agit d'un acteur pionner sur le territoire en question. Aujourd’hui, de cette situation se dégage inévitablement un sentiment de grand gâchis.
Nous n’aurons de cesse de le rappeler, Le Malamok est, était, une structure phare du paysage culturel Bigouden. Une structure essentielle au territoire de par son action multiple. Aucune autre structure sur le territoire n’est, n’était, dotée de missions aussi larges, embrassant l’action sociale, éducative et culturelle.
Dès le dernier trimestre 2016, l’incertitude s’est immiscée dans les réponses apportées au financement de la structure, le dialogue de l’association avec ses partenaires a été complexe, sans que nous ne comprenions quelle était la stratégie employée par une partie de ses partenaires et à quelle fin.
La complémentarité acquise depuis 2010, de quatre structures du Pays Bigouden (Cap Caval – Penmarc’h / Dihun – Haut Pays Bigouden / Le Malamok – Le Guilvinec / Le Triskell – Pont-l’Abbé) était une grande force pour le territoire Bigouden. Elle constituait une exception à l’échelle du territoire et au-delà. Elle permettait une action cohérente et diversifiée à l’adresse de tous les publics, ceci à l’heure où la mutualisation et les économies d’échelle sont les maitres mots…
Nous le savons, une action culturelle de proximité et de qualité est une richesse délicate à manier. Hier, quand le Malamok était fragilisé, aujourd’hui, quand ce phare s’éteint, ce sont tous les acteurs culturels du territoire qui sont déstabilisés et considérablement ralentis dans leur capacité à se projeter dans un avenir collaboratif, à l’échelle des deux communautés de communes du Pays Bigouden comme à l’échelle de l’Ouest-Cornouaille.

Un grand salut à tous les bénévoles et professionnels du Malamok, bon vent à toutes et tous.
Comptez sur nous, nous essaieront de maintenir le cap pour une culture en partage !»

(*) Fédération des Acteurs de la Diffusion de spectacles vivants en Ouest-Cornouaille ; association créée en 2010 du regroupement des principaux acteurs de la diffusion de spectacles vivants en Ouest-Cornouaille. Composée de structures associatives et publiques réunies en réseau, notre fédération a pour but d’améliorer sensiblement l’offre de spectacles vivants sur le territoire.

 
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